De Madeleine de Verchères à nos jours, ce n’est pas d’hier que les femmes participent aux conflits dans lesquels le Canada est impliqué. Le travail des infirmières du corps médical, celui des femmes à la production de guerre, dans les usines de fabrication d’armes, dans l’industrie de l’aéronautique et l’inspection des munitions, sont autant de rôles joués par les femmes dans leur participation à la Seconde Guerre mondiale.
À l’usine, dans les hôpitaux de campagne ou dans l’armée, le rôle des femmes durant la Seconde Guerre mondiale est déterminant. Le 18 avril 1944, le ministre de la Défense J.L. Ralston est catégorique : « Nous vivons la période la plus cruciale, la plus décisive de la guerre, et ce sera de ces filles, de ces femmes qui s’enrôlent dans l’armée que viendra peut-être, quant au Canada, l’impulsion décisive qui nous mènera à la victoire. »
Tous pour l’effort de guerre
À la différence de la Première Guerre mondiale, la Seconde a appelé les femmes canadiennes à jouer un rôle essentiel. (Radio, 14 min 13 s)
La Seconde Guerre mondiale mobilise la totalité des ressources du pays. Hommes, femmes, jeunes et vieux, l’effort de guerre doit venir de tous car les besoins sont pratiquement infinis. Vivres, vêtements, armes, pétrole, toutes les richesses sont mises à profit pour vaincre l’ennemi. Le ministre fédéral de la Justice, Ernest Lapointe, rappelle, dans une de ses causeries, tous les efforts qui ont été consentis et souligne du même coup la contribution exceptionnelle des femmes dans la production destinée à la guerre.
Dans son jeu, le gouvernement canadien possède une carte cachée : les ménagères. Quand le fédéral décide de faire contribuer chaque citoyen à l’entreprise de guerre, il compte sur les 2 285 370 femmes enregistrées comme ménagères pour l’aider. Avec le contrôle de 80 % à 85 % des achats au détail, ces femmes déterminent en grande partie le niveau de consommation au pays. Ce pouvoir d’achat va largement aider à développer et orienter l’économie de guerre.
Puisque tous les biens sont réquisitionnés par l’armée, il n’en reste presque plus pour les civils. La forte demande de marchandises, dans un contexte de rareté, crée une inflation astronomique. Les premiers mois de la guerre voient le coût de la vie augmenter de 13 %. Pour contrer cette inflation, le gouvernement canadien va donc demander aux femmes d’acheter moins et plus judicieusement. Il les incite également à placer leurs économies dans des obligations d’épargne du gouvernement, les obligations de la Victoire, qui permettent à l’État de gonfler ses coffres.
Puisque ce sont les ménagères qui contrôlent la richesse familiale, le gouvernement leur demande de respecter le mot d’ordre : rationnement, conservation et récupération. Il ne faut rien jeter, rien gaspiller, car toute matière peut être réutilisée à des fins militaires. Ainsi, des dizaines de trucs sont fournis aux ménagères pour économiser l’électricité. Le papier est réutilisé pour fabriquer des contenants qui servent au transport de denrées par bateau. Les chiffons sont transformés en pansements ou en couvertures. Même les vieilles poêles en aluminium sont offertes pour construire le fuselage des avions.
Appel aux femmes
• Pour financer l’effort de guerre, le gouvernement adopte une série de mesures dont l’émission d’obligations d’épargne appelés « bons de la Victoire ». Il met sur pied le Comité des finances de guerre, qui organise neuf grandes campagnes de financement en faisant appel à la générosité des institutions financières, des entreprises et des citoyens.
• En plus d’être vendus sous forme d’obligations d’épargne, les « bons de la Victoire » sont présentés sous forme de certificats et même de timbres au coût de 25 cents chacun. Leur taux d’intérêt de 3 % en fait le meilleur investissement de l’époque.
Pendant la guerre, le ministère des Finances est au courant des montants d’argent placés en banque, des primes d’assurance et des salaires des employés de tout le pays. Il peut ainsi fixer des objectifs de contribution volontaire ou de réduction volontaire aux salariés, qui peuvent difficilement s’y soustraire.
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• En juin 1940, le gouvernement canadien vote la Loi sur la mobilisation des ressources nationales, qui rend l’enrôlement des hommes célibataires de 18 à 45 En 1942, la destruction de tout produit à base de caoutchouc devient illégale. Les écoliers sont nommés les « ramasseurs officiels du caoutchouc de rebut » et sont chargés de rapporter dans des dépôts de leurs écoles pneus, jouets, bonnets de bain, etc. ans obligatoire dans le pays et volontaire outre-mer. Pour éviter d’endosser l’uniforme, les hommes imaginent toutes sortes d’astuces dont le mariage. Comme aucun changement d’état social ne sera reconnu par la loi à partir du 15 juillet, plusieurs centaines de mariages sont soit avancés, soit carrément improvisés pour éviter la conscription.
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En 1942, la destruction de tout produit à base de caoutchouc devient illégale. Les écoliers sont nommés les « ramasseurs officiels du caoutchouc de rebut » et sont chargés de rapporter dans des dépôts de leurs écoles pneus, jouets, bonnets de bain, etc.
Au cœur des conflits depuis toujours
Les médias, comme la radio de Radio-Canada, diffusent des messages d’intérêt du service féminin de l’Armée canadienne afin de recruter des femmes. (Radio, 4 min 21 s)
La lieutenant Dupré s’adresse aux femmes du Canada. Elle leur rappelle le devoir des femmes de servir leur pays et les invite à s’enrôler dans le service féminin de l’Armée canadienne en soulignant les avantages du travail dans l’armée par comparaison avec celui dans la vie civile.
Ce type de message d’intérêt public est largement répandu dans les médias de l’époque. En temps de guerre, la radio et les journaux sont soumis à la Loi sur les mesures de guerre, qui autorise la censure et la propagande. Pour des raisons de sécurité nationale, ils acceptent de collaborer avec le gouvernement, chose plus difficilement envisageable aujourd’hui.
En 1918, le gouvernement avait lancé le projet de créer un service féminin de l’armée. Mais avec l’arrivée de la fin de la guerre, l’idée a rapidement été évacuée. Ce sont essentiellement des raisons financières qui ont motivé les politiciens à reléguer le dossier aux oubliettes. S’il en coûtait 235 $ pour loger un homme, il en fallait 430 $ pour une recrue féminine. Un surplus attribuable aux dépenses reliées au dédoublement d’infrastructures.
Dès 1938, alors que l’Europe est sous tension, la volonté des femmes de servir leur pays se fait sentir. À la suite de la déclaration de guerre du Canada, le 10 septembre 1939, de nombreux corps féminins paramilitaires voient le jour, comme le Women’s Voluntary Reserve Corps, au Québec, en Ontario et dans les Maritimes; le Canadian Auxilary Territorial Service, en Ontario et dans l’ouest du pays. De leur côté, les Canadiennes françaises mettent sur pied le Corps de réserve national féminin et la Réserve canadienne féminine
Au cœur des conflits depuis toujours
De Madeleine de Verchères à nos jours, ce n’est pas d’hier que les femmes participent aux conflits dans lesquels le Canada est impliqué. (Télévision, 5 min 29 s)
À chaque année, le 11 novembre, le jour du Souvenir commémore la participation des hommes et des femmes qui ont servi leur pays et ont péri pour lui lors des différents conflits mondiaux. Cette journée de 1984 tient à souligner la contribution des femmes à l’occasion d’une exposition au Musée canadien de la guerre à Ottawa.
Le travail des infirmières du corps médical, celui des femmes à la production de guerre, dans les usines de fabrication d’armes, dans l’industrie de l’aéronautique et l’inspection des munitions, sont autant de rôles joués par les femmes dans l’histoire de leur participation aux conflits.
En 1940, le ministère de la Défense nationale reconsidère la possibilité d’intégrer les femmes dans les corps réguliers de l’armée. La montée des groupes paramilitaires de femmes ne cesse de croître, mais surtout les besoins de l’armée en ressources humaines sont énormes et le soutien des femmes serait bien apprécié. Finalement, en juillet 1941, un arrêté ministériel autorise la création de la section féminine de l’Aviation royale du Canada. Le mois suivant, ce sera au tour du service féminin de l’Armée canadienne de voir le jour
Ces nouvelles formations sont d’abord considérées comme des corps auxiliaires, dont les membres ne sont pas soumis à la loi martiale. Les femmes ne seront intégrées au sein des forces armées qu’au début de 1942. Dans le même esprit, le corps de la marine, plus réticent à permettre aux femmes de joindre ses rangs, créera également une section féminine en juin de la même année.
Les femmes s’enrôlent avec enthousiasme
C’est durant la Seconde Guerre mondiale que les femmes sont acceptées dans les différents corps militaires. (Télévision, 15 min 46 s)
Le thème des femmes est repris le jour du Souvenir de 1997. Alain Gauthier du Musée canadien de la guerre rappelle que près de 50 000 femmes se sont enrôlées dans le service féminin de l’Armée canadienne durant la Seconde Guerre. Leur rôle n’était pas de combattre, car à cette époque la société n’accepte pas encore de voir des femmes au front. Mais en étant chauffeuses de camion, sténographes, réceptionnistes, elles comblent des centaines de tâches et libèrent les hommes, qui peuvent aller au front.
Dès leur création, en 1941, les divisions féminines sont mises sur pied en un temps record. Avec l’aide de collègues de la Grande-Bretagne, qui ont intégré les femmes dans leur armée depuis quelques années, les organisatrices s’attardent à l’aménagement de logements et la préparation de cours de formation.
Le recrutement d’officiers se fait auprès des groupes de volontaires créés au début de la guerre et qui ont manifesté le désir de se joindre aux corps réguliers. Au début de 1941, ces organisations comptent 7000 membres à travers le pays.
Les conditions d’admission fixées par le ministère de la Défense sont plutôt souples. Pour adhérer à l’un des corps militaires, les candidates doivent être âgées de 18 et 45 ans, être célibataires ou mariées, mais sans enfants, et ne pas travailler dans un secteur essentiel. Elles doivent aussi passer un examen médical. La candidate doit mesurer au moins 1,50 mètre et peser 47 kilos.
À la fin de 1942, environ 9500 femmes sont dénombrées dans l’armée de terre, 7800 dans l’aviation et 500 dans la marine.
Les femmes du pays contribuent aussi à l’effort de guerre en produisant de l’armement dans les usines. (Télévision, 4 min 35 s)
Les besoins astronomiques en armements, en vivres et en vêtements accélèrent l’intégration des femmes au marché du travail. À l’occasion du 50e anniversaire de l’usine Bouchard, à Blainville, des femmes rappellent le rôle qu’elles ont joué dans cette véritable ville industrielle de 150 édifices.
La contribution des ouvrières leur vaudra d’ailleurs le titre de « soldats de l’industrie ». Avec le tiers de la main-d’œuvre, une révolution, que plusieurs qualifient « d’âge d’or » des femmes, se dessine.
Les femmes à l’usine
Les besoins astronomiques en armements, en vivres et en vêtements accélèrent l’intégration des femmes au marché du travail. À l’occasion du 50e anniversaire de l’usine Bouchard, à Blainville, des femmes rappellent le rôle qu’elles ont joué dans cette véritable ville industrielle de 150 édifices.
La contribution des ouvrières leur vaudra d’ailleurs le titre de « soldats de l’industrie ». Avec le tiers de la main-d’œuvre, une révolution, que plusieurs qualifient « d’âge d’or » des femmes, se dessine.
En mars 1942, le gouvernement de Mackenzie King instaure le service national sélectif (SNS), dont le but est de mobiliser et de contrôler la main-d’œuvre au pays. Mais en fait, l’objectif principal de ce projet est de recruter des femmes. La première démarche de la section féminine de l’organisme, créée deux mois plus tard, est de procéder à l’enregistrement obligatoire des femmes âgées de 20 à 24 ans. À la fin de la période d’inscription, qui se déroule du 14 au 19 septembre 1942, le SNS dénombre 258 583 jeunes femmes qui seront envoyées dans des usines
Une infirmière raconte son aventure
Les infirmières sont appelées sur tous les fronts. L’un d’elle, Jeanne D’orsonnens, raconte son expérience durant la guerre. (Télévision, 11 min 39 s)
Que ce soit lors de la campagne du nord-ouest de l’Europe, de l’Italie, de l’Afrique du Nord ou à Hong Kong, 2625 infirmières canadiennes sont envoyées outre-mer pour soigner les blessés sur tous les fronts. Jeanne D’orsonnens est l’une des « nursing sisters ». À travers son histoire, elle rappelle le courage et le dévouement de ces femmes. Décorée en 1943 de la médaille de l’Ordre royal de la Croix-Rouge par le roi George VI, l’infirmière raconte aussi son naufrage à la suite du bombardement par des avions allemands du bateau dans lequel elle se trouvait.
Ce n’est pas d’hier que les infirmières canadiennes soulagent les souffrances des soldats. Il s’agit même d’une longue tradition qui remonte aussi loin qu’au début de la colonisation de la Nouvelle-France, avec Jeanne-Mance et les congrégations religieuses.
La seconde rébellion de Louis Riel en 1885, dans le nord-ouest du pays, verra pour la première fois des infirmières se joindre aux forces armées. La guerre des Boers, à laquelle l’Armée canadienne participe au tout début du XXe siècle, donnera naissance, en 1904, au Corps de santé royal canadien. Pendant la Première Guerre, 2424 infirmières sont envoyées outre-mer.
Avant la Seconde Guerre, le Corps de santé royal canadien s’occupe également des soldats de l’aviation et de la marine. À l’automne 1940, l’aviation se dote de son propre corps médical. La marine fera de même l’année suivante. Contrairement à ce qu’il fait pour les autres postes du service actif, le gouvernement n’a pas à faire de propagande pour recruter des infirmières. Le service national sélectif compte sur sa liste jusqu’à 8000 infirmières qui souhaitent servir dans les forces armées. Les candidates doivent avoir entre 25 et 45 ans, être célibataires ou veuves sans enfants et détenir un diplôme d’infirmière reconnu.